Depuis la résurgence de la rébellion du M23 dans la partie est de la République démocratique du Congo en 2021, ce qui a par la suite entraîné la chute des villes de Goma et Bukavu, respectivement chefs-lieux des provinces du Nord et du Sud-Kivu, entre les mains du mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, selon Kinshasa, plusieurs personnes se sont déplacées vers des zones jugées sécurisées pour diverses raisons.
Pour le Nord-Kivu, par exemple, le gouvernement provincial a été installé provisoirement à Beni. Des militaires et leurs épouses, certains défenseurs des droits humains, journalistes et autres ont considéré cette ville comme leur refuge, ce qui a augmenté la démographie la population.
Avec cet afflux de déplacés, les discours de haine se propagent rapidement et menacent la cohésion sociale. Selon les témoignages de certains déplacés de guerre venus de Goma, que nous avons recueillis, la plupart des actes inciviques posés dans des quartiers de Beni leur sont attribués.
Madame Furahini, nom d’emprunt que nous utilisons pour des raisons de confidentialité, dit en avoir marre de ce phénomène qui prend de l’ampleur. Elle fustige le langage couramment utilisé selon lequel « BATU YA GOMA BASHA ARIBISHA MUNGINI YETU », ce qui veut dire en français : « Les gens de Goma ont détruit notre ville ».
Furahini indique avoir fui la guerre à Goma depuis février 2025 avec ses deux garçons. Depuis qu’elle est arrivée dans l’un des quartiers populaires de Beni, les voisins lui lancent de mauvais regards. À l’en croire, lorsqu’il y a un cas de vol dans le quartier, ses garçons sont toujours considérés comme les premiers suspects. Elle ajoute que ces propos haineux ont un impact destructeur sur la santé mentale.
Une forme de stigmatisation que ne soutiennent pas les défenseurs des droits humains qui œuvrent en ville de Beni et ses environs. Activiste au sein du mouvement citoyen Lutte pour le changement, section de Beni, Nick Junior est l’un de ceux qui ne soutiennent pas cette stigmatisant qui émerge dans cette ville, aujourd’hui siège des institutions provinciales et dont sont victimre les déplacés de guerre dans. Celui-ci appelle à la prudence dans les paroles et affirme qu’il est vrai que, depuis l’afflux des déplacés en ville de Beni, l’insécurité est devenue grandissante, mais rien ne justifie que les nouveaux venus soient auteurs de ces actes.
Il demande ainsi à ces derniers de rester concentrés chacun sur son objectif, en se méfiant des propos haineux et en demeurant de bons citoyens.
Nick Junior rappelle que, peu importe les différentes villes et territoires d’origine, tous les citoyens sont Congolais, tous partagent une identité commune malgré la diversité culturelle.
« Depuis que la ville de Beni a accueilli ces compatriotes venus de différents coins, notamment la ville de Goma, on a vu le taux de criminalité être élevé.
Ceux qui sont venus de Goma ne doivent pas être frustrés. D’ailleurs, dans nos mouvements citoyens, nous vivons bien avec nos camarades déplacés.
Quand les gens disent que, depuis qu’ils sont là, le taux de criminalité a haussé, cela ne veut pas dire que c’est eux. C’est à chacun de voir réellement sur quel pied il joue. Vraiment, cela ne doit pas être un prétexte.
Ces compatriotes doivent se sentir à l’aise, ils sont dans leur pays », dit-il.
Contacté à ce sujet, le Collectif des Radios et Télévisions Communautaires du Nord-Kivu (CORACON) dit poursuivre sa lutte contre les discours de haine.
Pour Gisèle BAGHENI, assistante au programme au sein du CORACON et formatrice des journalistes, la population de Beni a longtemps enduré une violence extrême marquée par les massacres de civils attribués aux ADF. Cela a créé des traumatismes qui poussent certains à exprimer des propos incitant à la haine, un comportement à décourager. Elle renchérit que les médias devraient aussi sensibiliser à la lutte contre les discours de haine à travers des émissions.
« Nous devons savoir que, depuis plus de 10 ans, Beni a été victime de massacres. Plusieurs habitants, depuis lors, sont restés traumatisés, et voilà pourquoi, lorsqu’ils voient un afflux de déplacés venus de Goma, ils commencent à douter et pensent que ces nouveaux venus sont à la base de tous les problèmes vécus actuellement dans cette ville. Pour en finir avec ces discours de haine, le gouvernement, en premier, devrait se rassurer que les déplacés sont bien accueillis et enregistrés. Les cadres de base, de leur côté, doivent les identifier et informer les habitants qu’ils ne représentent pas une menace. Les médias aussi ont un grand rôle à jouer dans cette lutte », a-t-elle fait savoir.
Les discours de haine sont des attaques dangereuses qui divisent les communautés et incitent à la violence. Il est alors crucial de dénoncer les propos haineux, de vérifier les informations avant de les partager et de privilégier le respect et le dialogue afin de préserver la cohésion sociale.
En RDC, la législation interdit l’incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence raciale ou ethnique. Les auteurs risquent des peines de servitude pénale et des amendes.
Nick Mukobelwa
