Fake news et guerre en RDC : Le général André Kotazo visé par une manipulation médiatique?

À l’ère des nouvelles technologies de l’information, et dans une République démocratique du Congo où les réseaux sociaux sont devenus une arme redoutable pour la destruction, même entre les mains des influenceurs, d’apprentis journalistes qui ne semblent pas être loin des terroristes derrières les claviers, le contrôle de la diffusion de bonnes informations demeure un véritable défi.

Depuis plusieurs mois, un groupe d’individus véhicule des messages accusant un officier supérieur des FARDC de trahison, allant jusqu’à annoncer faussement sa mort. Ce lundi 17 Mars 2024 matin encore, ce même cartel a relayé une nouvelle rumeur sur le général André Ehonza, commandant de l’ancienne brigade Satan 2, baptisé aujourd’hui Merci Nkolo, connu sous le sobriquet de Kotazo en raison de sa stature qui paraît imposante pour plusieurs observateurs. Ils l’accusent non seulement d’être mort, d’être un Rwandais, mais aussi d’avoir été corrompu à hauteur de 50 000 dollars américains pour faciliter la prise de Bweremana en territoire de Masisi Province du Nord-Kivu et Minova en territoire de Kalehe, Province du Sud kivu par les éléments du M23 et leurs alliés. « Mais tout ça pour quelle fin? », s’interrogent ces mêmes observateurs.

Une vérification des faits qui dément ces allégations

Dans un souci de rigueur journalistique, TazamaFact a contacté les proches du général André Kotazo ainsi que l’intéressé lui-même. Le major Mukadi, S2 de cette brigade depuis plusieurs mois, actuellement à Sange dans la pleine de Ruzizi, non loin de Kamanyola, nous a confirmé que le général se porte bien et qu’il est en mission de déploiement dans un lieu tenu secret pour des raisons de sécurité. Contrairement aux rumeurs propagées, il n’est pas à Sange, comme l’affirment certains jeunes influenceurs, médias et trolls qui, visiblement, se contentent de publier les informations sans les vérifier à la source dégageant une odeur d’acharnement.

Vers 15 heures lundi 17 Mars, le général André Kotazo a lui-même rappelé après avoir constaté plusieurs appels manqués. À la question de savoir s’il s’agissait bien de lui ou d’un homonyme, le Général André a rigolé avant de confirmer que c’était bien lui même en personne. Il a laissé entendre qu’il s’attendait à être recherché au téléphone par les journalistes pour vérifier les fausses informations circulant à son sujet sur les réseaux sociaux, a-t-il ajouté.

En fin d’entretien, il a tenu à rappeler le rôle crucial des journalistes, des médias en cette période pour faire face à la pression croissante de la désinformation : « Vous avez le grand défi de faire face à cette vague de mensonges qui s’enracine ces derniers jours, mais courage dans votre mission de diffuser des informations vérifiées».

Une campagne de diabolisation des forces armées

Depuis plusieurs jours, une campagne de désinformation et de diabolisation se met en place, orchestrée par des personnes dont la démarche professionnelle est perçue comme non conforme aux règles du journalisme, frisant aussi la carence de connaissance parfaite de la situation générale du terrain.

Leur objectif semble être de nuire à des innocents en détournant l’attention du véritable problème sécuritaire. En semant la division et la haine entre soldats, commandants et troupes, ces individus entravent, selon Kinshasa, les efforts du président Félix Tshisekedi visant à reconstruire une armée forte capable de restaurer une paix durable dans l’Est de la RDC et dans ce, dans un moment particulier ce jour, de la guerre d’agression Rwandaise.

Parmi les principaux relais de ces fausses informations figurent @marlonluzayamo, @ElmaBetonFatshi, @AlhoneLandry, jaysqueezer12, et d’autres pages, qui, derrière leurs claviers, diffusent régulièrement des fausses informations et même des contenus s’apparentant à des discours de haine. Cette prolifération de l’environnement s’accentue malheureusement en cette période de la guerre qui est cruciale pour l’unité nationale et la consolidation du vivre ensemble en République Démocratique du Congo.

Pour l’accusation selon laquelle le général André Kotazo aurait été corrompu pour faciliter l’entrée des rebelles à Bweremana et Minova, les proches de l’intéressé démentent catégoriquement ces affirmations et précisent que ce sont seulement des pures inventions. En réalité, précise une source de l’armée, il n’était pas chargé de cet axe, mais il commandait plutôt les opérations sur les axes Lumbishi en Province du Sud-Kivu et Ngungu dans le territoire de Masisi.

Ces jeunes, dont d’aucun considère leurs méthodes du terrorisme derrière les claviers, s’appuient également sur une photo, où l’on voit le général Kotazo en compagnie de civils Banyamulenge, une image sortie de son contexte et utilisée pour alimenter la désinformation et la haine.

Une approche de dialogue pour la stabilisation des plateaux

Avant la chute de Lumbishi, le reporter de guerre de Tazama RDC s’était rendu à Lumbishi et Ngungu pour un entretien avec le général Kotazo. Lorsqu’on lui avait demandé quel était l’ingrédient magique il avait utilisé pour stabiliser la région et apaiser les tensions communautaires lorsqu’il était le commandant dans les plateaux de Minembwe, il avait répondu : « J’ai misé sur le dialogue pour rapprocher les communautés et renforcer le lien entre civils et militaires».

Grâce à cette approche, les militaires ont pu organiser des matchs de football entre les Banyamulenge et d’autres communautés locales, instaurant ainsi un climat de confiance mutuelle. « Pendant les années 2022 et 2023, nous avons observé une diminution significative des tensions intercommunautaires dans les plateaux », avait-il expliqué.

Ce sont précisément ces photos prises lors de ces événements qui sont aujourd’hui détournées pour alimenter une propagande mensongère et inciter à la haine.

La multiplication des fausses informations sur les réseaux sociaux constitue une menace majeure pour la cohésion sociale et les efforts de pacification dans l’Est de la RDC. Face à ces manipulations, la vigilance s’impose : vérifier, recouper et s’assurer de la fiabilité des sources avant de relayer une information est plus que jamais un impératif.

Anicet Kimonyo

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