Rôle des médias en RDC : Trésor Katoto plaide pour une diffusion de messages unificateurs

La République démocratique du Congo a tenu en décembre 2023 des élections municipales, législatives et présidentielles marquées par une intense activité politique. Durant la campagne électorale, plusieurs acteurs politiques et sociaux se sont illustrés par des discours variés, dont certains ont été jugés prétentieux et accusés de propager la haine au sein des communautés et à l’encontre de certains acteurs.

La province du Nord-Kivu, considérée comme un enjeu stratégique majeur, a particulièrement été le théâtre de vives confrontations verbales. Selon les observateurs, de nombreux acteurs politiques y ont prononcé des discours ciblés qui, dans certains cas, ont alimenté des tensions ou ravivé des ressentiments au sein de la population.

Lors d’un entretien sur la situation sociopolitique en RDC,Trésor Katoto, président du conseil urbain de la jeunesse en ville de Goma, a évoqué les tensions ayant marqué les élections de décembre 2023. Il a dénoncé la stigmatisation dont certaines candidatures pourtant validées par ont été victimes.

« Le plus récent des cas est celui des dernières élections de décembre 2023 en RDC, où, bien que la Constitution permette à chacun de se présenter à tous les niveaux selon les conditions établies, nous avons tout de même assisté à la stigmatisation de certaines personnes, dont les candidatures avaient pourtant déjà été validées. Tantôt, on entendait dire que certains étaient des étrangers et qu’ils ne pouvaient pas gérer le pays. L’autre camp affirmait que ceux que nous considérons comme des Congolais se font soigner à l’étranger, que leur politique dépend de l’étranger, et qu’ils ne peuvent donc pas nous diriger. Par ailleurs, d’autres disaient qu’il ne fallait pas voter pour tel ou tel candidat sous prétexte qu’il ne nommerait que des personnes issues de sa tribu, qu’il serait tribaliste. Ainsi, nous avons été exposés à de nombreux messages de haine », a-t-il déclaré.

Abordant les conséquences de ces discours, Katoto a exprimé son inquiétude sur les divisions que ceux-ci continuent de provoquer dans le pays. Selon ses dires, les conséquences de ces discours sont encore perceptibles dans la communauté congolaise.

« Je crois que nous continuons à ressentir les effets de ces discours de haine, car ce que nous traversons actuellement en RDC aurait dû être une opportunité pour nous de travailler ensemble, à l’unisson, afin que la paix revienne », a-t-il ajouté.

S’agissant du rôle des médias, il a tenu à rappeler leur responsabilité dans la construction ou la destruction des liens sociaux, en s’appuyant sur des exemples historiques et actuels.

« Les médias, comme on le dit, constituent le quatrième pouvoir. Ils peuvent contribuer à construire une nation, mais aussi à diviser et à déchirer les populations. Cela s’est vu au Rwanda lors du génocide, où la radio a joué un rôle destructeur dont les conséquences se sont étendues au-delà des frontières rwandaises. Dans notre pays également, les médias ont un rôle crucial à jouer. Au minimum, les médias sociaux devraient s’atteler à diffuser des messages qui favorisent l’unité et la cohésion. Malheureusement, certains médias, en particulier sur les réseaux sociaux, continuent à propager des discours de haine, amplifiés par l’usage croissant des smartphones et des plateformes numériques », a conclu Trésor Katoto.

Face à ces constats alarmants, Trésor Katoto appelle à une prise de conscience collective pour désamorcer les tensions post-électorales et reconstruire la cohésion nationale. Il exhorte les acteurs politiques, les médias et la société civile à privilégier des discours de paix et d’unité, afin d’éviter que les fractures sociales n’entraînent le pays dans une spirale de divisions profondes.

Frank Kipuni

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